Lettre ouverte à Madame la Ministre déléguée chargée de l'Enseignement scolaire.

Madame La Ministre,

Accueillir à la maternelle des enfants de deux ans peut susciter un débat mais telle n'est pas l'intention de cette lettre, car pour vous citer, nous estimons que "l'école maternelle est un espace où se déjouent les pièges d'une sélection sociale précoce" ; ainsi il ne s'agit pas de convaincre de l'intérêt de la scolarisation à deux ans mais de proposer un accueil adapté.

L'école maternelle est-elle en mesure aujourd'hui de recevoir les enfants de deux ans, dotée d'un véritable projet pédagogique, dans des locaux adaptés, avec du matériel approprié, un personnel formé et en nombre suffisant. Ou bien l'école n'est-elle qu'un substitut aux carences d'une société sans véritable projet pour la petite enfance ?

Une grande souplesse de fonctionnement demandant aux enseignants une faculté d'adaptation à l'enfant, à ses besoins, à ses rythmes, est la première condition d'un accueil réussi, ceci couplé à un dialogue et à une écoute auprès de chaque famille.

Mais donnez-nous les moyens de respecter tous ces engagements !

Comment peut-on accueillir des enfants à raison de trente par classe (voire trente-trois ?) alors que quelques semaines seulement séparent les plus petits de la crèche ou ils bénéficiaient d'un encadrement d'un adulte pour cinq ! Mais de quelle disponibilité s'agit-il quand toute la journée, nous répétons : " allez dépêche-toi " parce que le groupe est trop nombreux pour avoir le temps de s'occuper un peu de chacun ?

La première rentrée doit se passer "dans la joie et une ambiance de fête", dites-vous ; ce n'est pas le cas mais bien le stress pour tous, enfants, parents et enseignants, nous n'avons que deux bras et c'est bien peu pour consoler une classe entière !

Faut-il pour cela alléger les classes des petits et réorganiser "pédagogiquement" la répartition des élèves dans les autres classes, ce qui clairement signifie des classes chargées avec plusieurs niveaux, tout ceci au détriment des conditions d'enseignement et d'apprentissage, renforçant ainsi les risques d'échec scolaire ? Comment peut-on individualiser son enseignement conformément aux objectifs du travail par cycles ?

Que dire des conditions matérielles dans lesquelles nous travaillons ?

Le matériel pédagogique est le plus souvent inadapté ou pire dangereux pour des enfants de deux ans : des feutres, de la pâte à modeler interdits en dessous de trente six mois ; des bancs et des tables trop hautes, un manque d'espace dans la classe (pas de coin-repos), le nombre de places limité dans les dortoirs, des jeux de cours interdits aux enfants de moins de trois ans, ce ne sont que quelques exemples car personne ne s'est véritablement inquiété des adaptations nécessaires à l'accueil de ces petits !

Faut-il supprimer les jeux (de cour, de classe ) ? Faut-il installer de nouveaux équipements mieux adaptés ? Va-t-on renvoyer la balle dans le camp des municipalités déjà largement sollicitées ?

Devons-nous vivre dans une perpétuelle insécurité, dans la crainte de ne pas être présents au bon moment pour éviter l'incident ?

Qui est responsable pénalement en cas d'accident ?

Quand, enfin, nos supérieurs hiérarchiques considéreront-ils les enseignants comme de véritables partenaires puisque, pour vous citer encore une fois, vous nous encouragez à travailler "dans le partenariat éducatif, la confiance réciproque, le dialogue citoyen" : Ecoutez-nous tout le monde y gagnera !

Autant de réflexions, de questions, qui aujourd'hui, nous amènent à vous faire part de notre inquiétude et de notre exaspération devant le manque de moyens financiers et humains pour mettre en oeuvre un accueil de qualité à l'école maternelle !

 

Dans l'attente de votre réponse, veuillez recevoir, Madame La Ministre, nos salutations respectueuses.

Des enseignants des

Ecoles Maternelles Publiques

de St Sébastien sur Loire (44)

- Novembre 1998 -

Ce courrier n'a, à ce jour, fait l'objet d'aucune réponse.